Avec Nuit Noire, premier album empli d’une pop intimiste et brillante, le chanteur français Marc Desse a fait entrer la lumière dans la salle obscure du Badaboum. Rencontre avec un noctambule éclairé, dans les derniers rayons du soleil.
Il ne quittera pas ses lunettes de soleil de tout l’interview. Sur le trottoir/terrasse du Fanfaron (bar rockeux de Bastille), la lumière se fait pourtant douce à l’heure de l’apéro. Le ténébreux Marc Desse a le goût de l’obscurité. C’est d’ailleurs à la lueur de la Lune, enchaînant les nuits blanches pendant deux mois, que le jeune homme de 26 ans a confectionné Nuit Noire. Un rythme soutenu mais bienfaiteur pour ce chanteur à la sensibilité nostalgique, tournant le dos au sommeil pour ne rien perdre des sensations du moment. Capturée dans dix titres aux textes blessés et mystérieux, sa voix résonne de cette spontanéité passée. Soutenu par un rock grinçant mais rêveur ce premier album obscur mérite la lumière. Pleins phares sur l’homme de la Nuit Noire.
Pourquoi avoir écrit, composé et enregistré ton album entre 1h et 4h du mat ?
Marc Desse : Le jour, je devais bosser dans une boutique de produits allemands : le Stube, une sorte de maison de l’Allemagne pour riches. Je me levais à 8h, je ne dormais que trois heures par nuit. J’avais envie d’expulser mon passé, ma vie, à ce moment là. Je savais que ça me faisait du bien.
Il aurait pu s’intituler Nuit Blanche ?
Non, car la nuit noire, c’est un état physique et moral, à la fois très sombre (dans le christianisme, la nuit noire de l’âme signifie que tu as perdu Dieu), mais aussi le symbole de fertilité. C’était une période où j’étais à la fois perdu et productif.
Marc Desse : « La scène bordelaise est plus novatrice. Ça doit être la mer qui l’inspire.»
Qu’est ce qui n’allait pas ?
Ahhhh l’amour. Totalement l’amour. J’avais le cœur en miettes. Il n’y a pas de filtre entre ce que je ressens et ce que je fais en musique. Ça suit mes états d’âme.
En dehors de l’inspiration, qu’est-ce que la nuit a de plus que le jour ?
Le calme. J’habite dans le XVe, dans une piaule qui donne sur un boulevard. Il y a beaucoup de bagnoles et même si j’ai du double vitrage, c’est chiant. La nuit, j’ouvrais grand la fenêtre : pas un bruit, pas un chat. J’avais l’impression d’être le seul éveillé.
Ta voix reste très naturelle, parfois au bord de la fragilité dans Oh Babe (c’était si bien) ou Nuit noire. A cause de la fatigue peut-être ?
Pourtant j’enregistrais le chant en journée pour ne pas faire trop de bruit la nuit. Ce que tu entends, ce ne sont que des premières prises. Parfois elles sont mauvaises, je le reconnais. J’aurais pu rajouter des chœurs, j’aurais pu mieux chanter mais je voulais capturer un sentiment, à un moment de ma vie. Je ne chanterai jamais plus pareil.
On te rapproche souvent d’Alex Rossi, Aline et Lescop.
Ce sont de très bons amis, on passe beaucoup de temps ensemble. Avec mon ancien groupe [Theatre Metamorphosis, 2009-2011] on faisait du rock expérimental. La pop en français, je trouvais ça cucul. Quand j’ai rencontré Young Michelin [ancien groupe d'Aline], ça m’a décomplexé. J’ai vu qu’on pouvait faire de la pop naïve et cool.
Des envies de collaboration ?
Avec Gaël Etienne, le co arrangeur de Lescop, j’ai enfin trouvé un partenaire musical. Je n’ai plus envie d’être seul, je suis allé jusqu’au bout de mes limites avec cet album.
Marc Desse : « Ce que tu entends sur le disque, ce sont les premières prises. »
Selon toi, la scène bordelaise est plus novatrice que la parisienne. Tu as d’ailleurs signé sur le label Bordeaux Rock. Qu’est ce qu’elle a de plus ?
Disons qu’elle invente une nouvelle pop, plus créative qu’à Paris. Je pense à Petit fantôme, Frànçois & the Atlas Mountains, Pendentif, Bengale, Les Filles Et Les Garçons. Aucun groupe parisien n’aurait l’idée de faire un truc comme ça. Ça doit être la mer qui les inspire. Ici, on est dans une musique urbaine sombre, on ne se permet pas les mêmes voyages musicaux.
Qu’écoutes tu avant de t’endormir ?
De la musique classique. Des concertos pour piano : Satie, Chopin, Schumann, Liszt, Gershwin. J’ai été au conservatoire, petit. J’adorerais faire une ballade piano voix. Ce sera pour la suite.
Par Elsa Puangsudrac
Nuit Noire (Bordeaux Rock)
Marc Desse
Prochains concerts :
10 juillet pour le festival Soirs d’été Oui FM place de la République
20 juillet pour le festival BitterSweet(Paradise) au Trabendo
22 juillet sur les Plages pop de Lège Cap Ferret











