Archives de la catégorie littérature

A Flore de Peau

L’écrivain Tristan Garcia, en entretien dans Standard n°21 (en kiosques) aux côtés de son confrère Tristan Jordis, vient de recevoir le Prix de Flore 2008 pour son splendide premier roman, La Meilleure Part Des Hommes (Gallimard), évocation du Paris homo des années 90. Il nous restait des morceaux de conversation coupés au montage. La meilleure part ?

« C’est un roman sur les hommes ; j’espère que ça ne renvoie pas à la virilité type Cœur des hommes, quatre quadras qui parlent de l’amour et des femmes au bord de la piscine… »

Le passage sur l’autofiction est assez brillant [« … c’est devenu un style, le style : tant que je parle, j’ai raison, je peux mentir ou j’ai rien à dire, j’ai raison – j’ai la parole, et ça s’appelle un livre… »]… 
Tristan Garcia : Ça me gêne presque aujourd’hui : Christine Angot ressort un livre, l’autofiction est morte et les mêmes continuent à nous faire chier. Dans mon éducation scolaire, j’aimais bien les contes moraux du XVIIIe siècle. Face à l’Eglise, les éditeurs masquaient toute ressemblance avec la réalité dans leurs préfaces, et les auteurs ne prenaient pas parti. Je voulais ça, que ça parle de morale sans surtout ne donner aucune leçon. Si tu considère le lecteur intelligent, tu ne lui fais pas la leçon.

Pourquoi avoir choisi comme modèle Alain Finkielkraut pour le personnage du philosophe ?
Il y a aussi un peu d’André Glucksmann, de BHL et de Luc Ferry. Choisis pour le côté « vie des idées » et la posture très lâche de l’embourgeoisement progressif et très donneuse de leçons de ces intellectuels médiatiques. Le seul truc qu’ils ont retenu du maoïsme, c’est l’aspect moralisateur. Malgré toutes les saloperies que fait William [inspiré par l'écrivain Guillaume Dustan], j’espère qu’on comprend qu’il est le seul personnage fidèle ; à quoi, on ne sait pas. Les autres s’accrochent à leur époque, passent d’une position à l’autre comme des girouettes. Je voulais que les lecteurs aient une image en tête. C’est quelque chose de la littérature classique qu’on a un peu oublié : quand Balzac écrit sur les conspirations postnapoléoniennes à travers un Général, les lecteurs savent duquel il s’agit. Pas de réaction de Finkielkraut, pour le moment.

Et une réaction de Didier Lestrade, inspiration directe d’un des trois héros du livre ?
Il était à la fois un peu amer, et content, sympa. C’est mon pire lecteur. Je lui ai envoyé avant publication avec une longue lettre et il m’a répondu par deux très longs messages. A la fin, je dis que son personnage roule en 4L vert pomme, et il a effectivement un 4L de cette couleur ; souvenir inconscient d’un article lointain. C’est quelqu’un pour qui j’ai pas mal d’admiration – alors qu’il ressort du livre comme pas forcément sympathique – comme critique musical – j’ai écouté de la house grâce à lui – et pour son travail de militant.

Notre dossier est consacré à l’avenir de la télévision. Tu la regardes ?
Les séries ont été importantes pour avoir, de manière très simple, un regard moral sur les personnages. J’ai été super marqué par Six Feet Under, et mon roman, très cadré, s’en ressent. J’aimais bien le moment où HBO avait plein de fric avec Deadwood et La Caravane de l’Etrange. En ce moment, j’adore Madmen, Lost, Veronica Mars. J’ai vachement de respect pour les inventeurs du soap. Desperate Housewives marche avec des clins d’œil aux magazines féminins, mais la forme a été inventée par Aaron Spelling. Falcon Crest, moi, je trouve ça fort.

Et le titre du livre ?
Ça vient d’abord d’une vieille expression espagnole : « Des hommes, le meilleur pendu. » Même le meilleur mérite d’être pendu.

Entretien Richard Gaitet & François Perrin

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Rushes Standard n°21


POPPY Z. BRITE ECRIVAIN PUNK DE NOUVELLE ORLEANS, PREND A LA LETTRE LES QUESTIONS DE NOTRE QUESTIONNAIRE DE BERGSON.

Entretien strictement confidentiel par François Perrin*

Comment vous représentez-vous l’avenir de la littérature ?
Je suis un peu inquiète à ce sujet. Il me semble que les gens lisent moins que jamais, et parmi ceux qui le font encore, un grand nombre affirme n’être pas intéressés par la fiction. Beaucoup de très bons écrivains sont pourtant toujours en activité et je me demande combien d’entre eux (d’entre nous ?) gagneront encore leur vie en écrivant des romans d’ici vingt ou trente ans.

Vos hypothèses pour ce futur ?
On publie encore un grand nombre de romans, mais il est très difficile même pour un auteur de best-sellers de vendre un recueil de nouvelles à une grande maison d’édition. J’ai entendu dire que les éditeurs rognent sur le nombre de romans. Les jours de la fiction en prose en tant que forme artistique sont peut-être comptés, laissant la place libre à des nouvelles choses magnifiques. Mais dans la mesure où c’est cette forme moribonde d’écriture à laquelle j’ai consacré ma vie, mon horizon prend une tournure assez lugubre.

Et quelle sera votre situation en tant qu’auteur ?
Je me situe à un moment de ma vie que vous pourrez qualifier de profonde remise en question. Tout a changé depuis l’effondrement des digues après le passage de l’ouragan Katrina en 2005. Je suis en train de me demander où je me situe dans ma propre vie, alors je ne vous parle même pas de ma place dans l’avenir de la littérature. Pourtant, si je reste capable de continuer à écrire, j’espère que je pourrai représenter une petite fraction de ce futur.

Si vous êtes capable de vous représenter le chef d’oeuvre de demain, pourquoi ne pas le produire vous-même ?
J’espère bien le faire. Je me dis que des fictions traitant de nourriture, de restauration, constitueraient une bonne piste de travail, mais me retrouve bien dépitée en constatant que mon éditeur américain ne l’entend pas de cette oreille : il pensait que mes « Liquor books » [Liquor, Prime, Soul Kitchen] étaient des romans à suspense ! Que puis-je y faire ? L’Amérique, en terme d’appréciation de la nourriture, n’en est qu’à la petite enfance, et on dirait parfois que le monde de l’édition est régi par des gamines de 23 ans anorexiques. Si je pouvais me le permettre, je ne travaillerais qu’avec de toutes petites maisons d’édition. Malheureusement, ça rendrait la plupart de mes livres prohibitifs au niveau du prix, tant les petites presses apprécient les conceptions limitées, splendides, exclusives, mais aussi hors de prix.

* Qui est zouber chénial :
Publié en France par le Diable Vauvert, Alcool marque le premier temps d’une série estampillée « Liquor Books » par Poppy, et qui fournit, pour synthétiser rapidement, aux thèmes de la picole et des restaurants le statut envié de personnage principal. Est décrite l’aventure (terme que je me refuse une bonne fois pour toute d’abandonner aux scénaristes surpayés d’Endemol et consorts) de Rickey et G-man, un couple de galériens de la Nouvelle-Orléans rompus aux arts de la trime en cuisine de restaurant. Rickey élabore un soir de beuverie poétique ce qui deviendra rapidement le concept du moment : l’ouverture d’un restaurant spécialisé dans l’assaisonnement aux spiritueux de tous les plats et sauces élaborés en cuisine. Prescription idéale pour une ville à la fois meurtrie et sublimée par la marginalité ambiante, ayant élevé le têtage de goulot au rang de discipline olympique. Un livre à la fois simple et lumineux, entraînant et profondément inspiré.

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MOLIERE SAYS "COME DUDE!"

Pour toutes les âmes en peine qui ne savent quoi foutre en sortant du boulot,
et qui du coup dînent avec les poules faute d’avoir quelque chose à faire ou à voir :

JE VOUS CONSEILLE CHALEUREUSEMENT
d’aller au théâtre le Lucernaire.

18H30 : Le Mariage Forcé et l’Amour Médecin de Molière
mise en scène Laurent Ferraro.

6 comédiens. Pas de décors.
Mais de la posture, des expressions, du jeu, du vrai.

Et puis un ptit Molière de temps en temps, ça remet les choses en place, et ça rappelle à quel point les gens sont cons. Bref ça fait du bien.

Bisous

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ÉDOUARD LEVÉ (1965-2007)

Texte que nous n’avons pas eu la place d’insérer dans Standard n°19 à paraître dans 15 jours.

La vraie fin d’un roman

Edouard Levé a remis à son éditeur, P.O.L, un manuscrit intitulé
Suicide, le 5 octobre 2007. Le 8 du même mois, Paul Otchakowski-Laurens lui confirma la publication ultérieure du livre. Le jour du 15, Edouard Levé se donnait la mort.
Comment recevoir un tel livre ? S’agit-il d’un geste artistique ultime ? Fallait-il le publier ? P.O.L n’a pas hésité : « Dans une lettre laissée à sa mort, il émettait le souhait que le livre soit publié. Sa femme le voulait, ses parents aussi. Cela ne m’a pas gêné de le faire, c’était sa volonté. Peut-être que si le livre avait été une apologie du suicide aurais-je longuement hésité. Là, pas du tout. Les écrivains écrivent, les éditeurs publient. Dans ce cas-là, un livre d’une exceptionnelle beauté. » Que penser du geste ? Encore une réponse franche : « Le suicide est un acte qui dépasse l’art, c’est un acte au-delà de tout. » Voilà pour une partie des réponses pouvant être apportées. Les autres se seront envolées avec l’auteur des questions.

Le livre est un tissu d’hypothèses, très peu d’indices sont délivrés. Le narrateur dit « tu », s’adresse à un ami qui se serait tué à l’âge de 25 ans. Une transposition de Levé lui-même ? Sûrement. L’emploi du « tu » servant à mettre à distance ? de quoi ? de la mort elle-même ?
Son rapport avec elle ? Levé s’adresse à lui-même. Le livre, le roman, est une succession de notes, d’impressions, de souvenirs de cet ami intime, et d’introspection, donc. Car ce livre est aussi, pour qui veut bien l’entendre, une mise au point quant à la question au suicide, au concept de suicide (à propos de mise en scène : « Les métaphores de la mort t’inquiétaient, mais tu n’en refusais pas le spectacle. Elles étaient des épreuves à surmonter pour apprécier la vie, dans le souvenir de son contraire »). Comme dans toute son œuvre, Levé s’est accaparé un thème pour en achever l’exploration, jusqu’à l’épuisement total. 
Levé parle du suicide, de tous les suicides en quelque sorte, il touche quelque chose de transversal à tous les mal-être du monde. Dépressions, sentiment d’échec (« Ton sens du raccourci fit qu’au lieu d’achever les travaux entrepris, tu t’es achevé toi-même. »), sentiment constant d’altérité, mais aussi, solitude goûtée avec délectation 
(un magnifique passage sur ses promenades désoeuvrées au cours d’un séjour à Bordeaux), joie rare et précieuse, comme les pages bouleversantes sur un dîner campagnard entre vieux amis et le bonheur de sa femme de le voir ainsi heureux. Le livre s’achève, logiquement, sur la question 
des regrets : « Tu en eus pour la tristesse de ceux qui te pleureraient, pour l’amour qu’il t’avait porté, et que tu leur avais rendu. Tu en eus pour la solitude dans laquelle tu laissais ta femme,
et pour le vide qu’éprouveraient tes proches. […] Cet égoïsme de ton suicide te déplaisait. Mais dans la balance, l’accalmie de ta mort l’emporta sur l’agitation douloureuse de ta vie. » Ces mots sont d’Edouard Levé, artiste, écrivain, né en 1965, mort de lui-même en 2007.
Jean Perrier

Suicide d’Edouard Levé, P.O.L, 128 pages, 14 €.


Images : © Succession Edouard Levé / galerie Loevenbruck

ExpositionÉDOUARD LEVÉ (1965-2007)
J usqu’au 10 mai.
Galerie Loevenbruck
40 rue de Seine, 2 rue de l’Echaudé
Paris 6e. + 33 1 53 10 85 68

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Comment devenir un Dieu vivant

Ceci est la bande-annonce de la fin du monde.

Dans le rôle du présentateur de télé-achat, vous reconnaitrez peut-être un membre éminent 

(je pèse mes mots) de la rédaction de Standard.

Have a nice apocalypse.


Comment devenir un Dieu vivant
envoyé par julienblancgras

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