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	<title>Standard - Magazine jeune et poli &#187; Mode</title>
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		<title>Jacquemus &#171;&#160;Je pourrais travailler à la SNCF.&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 09:58:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Magali Aubert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Mode]]></category>
		<category><![CDATA[Bertrand Le Pluard]]></category>
		<category><![CDATA[Elisa Tudor]]></category>
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		<description><![CDATA[Jacquemus n’est pas un poète, mais il dessine des robes d’infirmières corsées par les rayures des gardiens de taureau camarguais. Vous cherchez la rime ? Simon Porte Jacquemus, nouvelle tête de la mode parisienne, nous donne rendez-vous à deux pas de Montmartre autour d’un (heu&#8230;) verre(s) de Pastis pour parler de ses débuts, de l’amour porté à ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Jacquemus</strong><strong> n’est pas un poète, mais il dessine des robes d’infirmières corsées par les rayures des gardiens de taureau camarguais. Vous cherchez la rime ?</strong></p>
<div id="attachment_3627" class="wp-caption alignnone" style="width: 585px"><a href="/wp-content/uploads/2011/07/Jacquemus.jpg"><img class="size-large wp-image-3627" title="Jacquemus" src="/wp-content/uploads/2011/07/Jacquemus-575x862.jpg" alt="Jacquemus" width="575" height="862" /></a><p class="wp-caption-text">© Bertrand Le Pluard</p></div>
<p><em>Simon Porte Jacquemus, nouvelle tête de la mode parisienne, nous donne rendez-vous à deux pas de Montmartre autour d’un (heu&#8230;) verre(s) de Pastis pour parler de ses débuts, de l’amour porté à ses racines au pied du Luberon, pour pousser un coup de gueule contre le système hiérarchique de la couture, et bien sûr décrire l’inspiration et le façonnage de la femme Jacquemus. Humble ? On pensait que ça n’existait pas dans le milieu… A 21 ans, ce créateur frise le manque de confiance en soi et ça, c’est un vrai coup de bol d’air.</em></p>
<p><em> </em><br />
<strong>Débarqué à Paris il y a deux ans à peine, tu t’es déjà fait un petit nom. Comment t’y es-tu pris ?</strong><br />
<strong>Simon Porte Jacquemus :</strong><em> </em>Je suis venu étudier à Esmod, mais je suis vite entré en conflit avec mes professeurs. Mes marcels et mes pantalons à taille haute n’étaient pas à leur goût et je trouvais qu’ils poussaient à faire du copier/coller des grands créateurs. J’ai souvent protesté : « <em>Où sont les passionnés de mode ici ? On se croirait avec des ingénieurs ! </em>» J’ai été convoqué et j’ai décidé d’arrêter après trois mois, pour travailler en tant qu’assistant styliste de Benoît Bethume à <em>Citizen K</em>. Mais j’étais le petit chien-chien de tout le monde, ce n’était pas gratifiant… alors je me suis concentré sur ce que je sais faire de mieux : créer une histoire ludique autour d’un vêtement, faire des dessins, choisir des étoffes pour façonner des tenues épurées. Presque comme des tenues d’ouvrières, mais aussi formelles qu’enjouées.<br />
<strong>Dans ta bio, on lit que tu as « <em>le Lolo de Ferrari dans la peau </em>»…</strong><br />
Je suis tombé amoureux et j’ai convenu avec cette personne de me faire tatouer « Lolo » sur le bras si elle se faisait tatouer « Ferrari »… pour être unis quand on se tiendrait par la main. Mais c’est devenu Lolo sans Ferrari !<br />
<strong>… et que tu « <em>vendrais la Sicile et la Camargue à n’importe qui</em> ». Tu as avalé un poète ? </strong><br />
C’est le résidu d’anecdotes qui me résument. Je parle de ma mère, du Sud de la France, où j’ai grandi, de la Sicile qui me tient à cœur, de tout ce qui façonne ma vie et celle de la femme Jacquemus. Ma mère faisait de la décoration, mon père était musicien, j’ai toujours été entouré d’objets atypiques.<br />
<strong>Isabelle Adjani est aussi citée…</strong><br />
Elle me fascine. A la télévision, dans les années 80, elle ne surjouait jamais son côté célébrité, elle faisait son passage, se défendait à sa façon et puis elle rentrait chez elle voir ses enfants. Une vraie femme, charismatique et simple. Exactement ce que je veux raconter. Elle a fait un shopping pour une série dans un magazine, elle ne porte malheureusement rien sur les photos finales, mais cela m’a fait plaisir !<br />
<strong>Que racontent tes collections ? </strong><br />
Des histoires à partir des titres, comme <em>Hiver-froid. </em>Pour <em>Les filles en blanc</em>, j’avais envie d’une infirmière un peu décalée, qu’on ne sache pas si elle soigne ou vient se faire soigner, mélanger la simplicité et la folie. Je l’ai corsée quelque peu, avec des inspirations issues de la Camargue, comme les tenues rayées des gardiens de taureau. Au début, je n’arrivais pas à trouver ce qui me plaisait, la mise en scène artificielle de la mode me plombait. Puis je suis tombé sur le photographe Bertrand Le Pluard. Son style brut et intense, loin du commercial, c’était ce que je cherchais. C’est lui qui a photographié mes deux premières collections : mes mannequins sont des rencontres, des filles qu’on trouve dans la rue, pas dans les magazines. Elles ne sont ni maquillées ni coiffées, le shooting et le résultat sont spontanés. J’aime le rendu des vieilles photos argentiques, des polaroïds. Avec ces couleurs intenses, on est loin des séries de mode à la Photoshop. J’adore aussi les prises de vue en panorama qu’on penserait tirées d’un film. Je vais probablement m’intéresser à la vidéo pour mes prochaines présentations.<br />
<strong>Quelle est ta vison du métier ? </strong><br />
Je n’ai pas de projet spécifique, j’ai la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Notamment, Rendez-vous Paris [salon de la mode contemporaine] m’a offert un stand ! Mais bon, ce n’est pas forcément une bonne chose, car il regroupe des créateurs qui ont beaucoup d’expérience, et moi, je viens tout juste de commencer. Pour l’instant, je préfère travailler en <em>showroom</em>, où je peux imposer ma marque sans la noyer dans une salle gigantesque parmi une centaine d’autres. Je jouerai dans la cour des grands à ma façon quand il sera temps.<br />
<strong>Tu t’es pourtant confronté à Dior en organisant un <em>happening</em> devant l’entrée du défilé femme Printemps-Eté 2011 !</strong><br />
J’ai choisi Dior parce que je savais qu’il y aurait une centaine de photographes et journalistes, et pour exprimer ma nostalgie de cette marque qui faisait encore des coupes minimalistes dans les années 60, loin de ce que fait Galliano dont je n’aime pas le style. Je n’y avais pas vraiment réfléchi, j’ai juste habillé des amies avec ma collection. J’aime – ce petit côté « à la Gainsbourg » – me balader entouré de belles femmes. Tout le monde nous fixait ! Les filles ont posé devant les photographes et les invités. On avait des frissons. J’ai un budget limité, je me débrouille comme je le peux !<br />
<strong>C’est difficile ?</strong><br />
Il y a une frustration à ne pas pouvoir créer en continu. A Paris, dans la mode, personne n’aide personne. Mais je ne vais pas me plaindre, des amis financent en partie mes collections et Mademoiselle Agnès m’adore.<br />
<strong>A quoi peut-on s’attendre pour ta <a href="/jacquemushiver2012/">troisième saison</a></strong><strong> ?</strong><br />
Je travaille avec la couturière de Charles Anastase et Romain Kremer. Me voilà bien entouré ! Ma première couturière m’a arnaqué en demandant cher pour un prototype sans patron, aux finitions dégueulasses. Mais bref. Je ne veux aucune connotation à une tendance, je préfère le retour à la simplicité. Moi qui croyais en une nouvelle femme vraie et hop ! Lady Gaga débarque, nooon ! Ma prochaine collection sera un tableau avec une armée de filles. Elle s’intitulera peut-être <em>Numéro 2</em>… Je vais travailler autour de l’uniforme et les couleurs contrastées, rouge vermillon et beige par exemple, et des rayures rose bonbon et bleu pâle. J’ai du mal à concrétiser ces choix, ce sont des idées encore tellement brutes ! Et puis, je n’ai pas vraiment d’inspiration, je dessine comme un bébé ; je me sens si simple que je pourrais travailler à la SNCF. Mais la mode m’est tombée dessus, alors je prends mon temps pour bien faire.</p>
<p>entretien Elisa Tudor, photographie Bertrand Le Pluard <span style="color: #888888;">– </span><a href="/standard31/"><span style="color: #888888;">Standard n°31</span></a><span style="color: #888888;"> – avril 2011</span></p>
<p><span style="color: #888888;"><a href="/wp-content/uploads/2011/07/Jacquemus-COUL.jpg"><img class="alignnone size-large wp-image-3628" title="Jacquemus-COUL" src="/wp-content/uploads/2011/07/Jacquemus-COUL-575x103.jpg" alt="Jacquemus" width="575" height="103" /></a></span></p>
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		<title>Gaspard Yurkievich : « J’accepte la lenteur »</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Jul 2010 21:23:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Magali Aubert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Mode]]></category>
		<category><![CDATA[Gaspard Yurkievich]]></category>
		<category><![CDATA[Gaspard Yurkievich interview]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis son originelle ligne casual mixte, Gaspard Yurkievich, 38 ans, développe le prêt-à-porter homme et femme avec le même enthousiasme. La mode a changé, pas lui. Dites, vous n&#8217;avez pas de page Wikipédia ! Gaspard Yurkievich : Ah bon ? Je ne suis jamais allé voir… Je retournerai la question à mon attachée de presse. Vous n’allez pas ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><strong>Depuis son originelle ligne casual mixte, </strong><strong>Gaspard Yurkievich</strong><strong>, 38 ans, développe le prêt-à-porter homme et femme avec le même enthousiasme. La mode a changé, pas lui.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<div id="attachment_700" class="wp-caption alignnone" style="width: 585px"><img class="size-full wp-image-700" title="Gaspard Yurkiech" src="/wp-content/uploads/2011/02/Gaspard_Yurkievich_Yannick_Labrousse.jpg" alt="" width="575" height="767" /><p class="wp-caption-text">Gaspard Yurkiech @ Yannick Labrousse</p></div>
<p><strong> </strong><br />
<strong>Dites, vous n&#8217;avez pas de page Wikipédia !</strong><br />
<strong>Gaspard Yurkievich : </strong>Ah bon ? Je ne suis jamais allé voir… Je retournerai la question à mon attachée de presse.<br />
<strong>Vous n’allez pas sur Internet ?</strong><br />
Si, un peu. De façon consternée souvent et d&#8217;autres fois ça m&#8217;amuse. Les maisons de couture font des réunions pas possibles pour savoir quoi faire contre la fuite des images. Demander aux journalistes de laisser leurs portables à l&#8217;entrée des défilés ? Ridicule. Notre époque, c&#8217;est qu&#8217;en deux secondes, l&#8217;image est partout. En plus c&#8217;est intéressant de voir la sélection des produits selon ce qui plaît aux blogueurs et pas notre ego.<br />
<strong>Quand vous êtes-vous dit que vous étiez fait pour ce métier ?</strong><br />
Dès que j&#8217;ai su que ça existait, très jeune, avec beaucoup d&#8217;insouciance et d&#8217;inconscience. J&#8217;aimais les costumes de cinéma, les comédies musicales, Fred Astaire et le glamour américain des années 50.<br />
<strong>Le premier défilé que vous avez vu ?</strong><br />
Yves Saint Laurent, à la télé. Pendant longtemps cet héritage français a étranglé les générations. Je suis né à Paris, ai fait une école parisienne, c&#8217;est quelque chose qui est là, mais je pense qu’aujourd’hui on peut jouer avec. En France on se pose des questions sur le contexte, la légitimité, la direction à prendre par rapport à ce qui s&#8217;est fait. On est trop critiques et autocritiques. On est plus franc aux Etats-Unis et en Angleterre, où on peut faire une robe avec le drapeau national. Ici, le jour où on fera une robe drapeau bleu-blanc-rouge&#8230;<br />
<strong>Quel créateur vous a le plus impressionné ?</strong><br />
Toute la génération entre 1991 et 1993 : Véronique Leroy au passage Brady, Margiela dans des terrains vagues ou dans le métro, Alaïa dans sa boutique, Vivienne Westwood au Grand Hôtel, Galliano dans la Cour Carrée qui s&#8217;effondrait sur scène, c&#8217;était sublime. Les défilés de Comme des Garçons aussi, où je pensais que la musique était tibétaine, en fait c&#8217;était des chants bretons, enfin&#8230; j&#8217;en ai vu énormément pendant mes études. Je courrais les défilés avec de faux cartons, c&#8217;était autre chose que de voir Saint Laurent une minute trente aux infos.<br />
<strong>Qu&#8217;est-ce qui différencie le Gaspard Yurkievich vainqueur du Festival d&#8217;Hyères en 1997 de celui d&#8217;aujourd&#8217;hui ?</strong><br />
Peu de choses. Je suis content parce qu’on trouve encore des tissus de la petite tunique qui était ma première silhouette dans mon défilé de mars. La base de coupe aussi – les techniques, les quilles, les proportions – est restée dans mes patronages. Garder une vision, un <em>topic</em> en élaborant, affinant le propos, ça crée une énergie personnelle. Une personnalité, quoi.<br />
<strong>Quelle est cette vision ?</strong><br />
Une philosophie, une stylistique, une approche de la mode et de la vie qui lie le corps et l&#8217;esprit : être aussi intello que sexy, c&#8217;est un mot galvaudé mais pour moi, ça marche bien. Et aussi faire référence au passé sans être trop nostalgique, <strong><span style="color: #ff0000;">donner à l&#8217;héritage couture quelque chose de déglingué<span style="font-weight: normal;"><span style="color: #000000;">.</span></span></span></strong><br />
<strong>Qu&#8217;est-ce que vous ne referiez plus ?</strong><br />
Etre trop pressé peut-être. J&#8217;ai appris à accepter la lenteur.<br />
<strong>D&#8217;où viennent vos envies ?</strong><br />
Des vêtements vintage pour la technique. Par exemple Madeleine Vionnet, à chaque fois que je voyais des photos, j&#8217;avais envie de savoir comment étaient faites ces broderies qu&#8217;on ne sait plus faire. Des travaux d&#8217;artistes, des livres d&#8217;art, de costumes, de catalogues américains de vente par correspondance des années 70, de personnages.<br />
<strong>Vous avez encore une machine à coudre ?</strong><br />
Plusieurs, qui ne marchent pas très bien car je ne couds pas. J&#8217;épingle, traficote. Je ne suis pas un très bon monteur, je moule, je découpe et surtout, je dessine.<br />
<strong>Pourquoi placer votre logo sur l&#8217;épaule droite ?</strong><br />
On avait cousu le crocodile Lacoste derrière un polo pour une exposition organisée avec Colette. C’est resté dans la collection que je lançais au même moment.<br />
<strong>Et le doré ?</strong><br />
Ma couleur fétiche. Je joue à mélanger l&#8217;or et l&#8217;argent depuis ma première collection. Les semelles de nos chaussures sont dorées, ça m&#8217;envoûte de voir quelqu&#8217;un marcher avec cet éclat lumineux. Aujourd&#8217;hui des garçons avec des casquettes et des strass H&amp;M, c&#8217;est entré dans nos mœurs, mais j&#8217;ai fait mes classes dans les <em>grunge</em> et <em>dark</em> années 90, le doré était <em>too much</em>, et pour moi, c&#8217;était un appel au glamour.<br />
<strong>La modernité se situe dans le mélange des époques ?</strong><br />
Le télescopage est excitant, mais c’est d&#8217;un point de vue textile que notre époque est nouvelle. J&#8217;aime oublier : ouvrir un livre et le refermer, créer quelque chose, rouvrir le livre et c&#8217;est plus ça du tout. On a l&#8217;impression que c&#8217;est rétro mais en fait, c&#8217;est ça la modernité : on fait des références sans savoir, sans trop chercher, sans ressemblances.<br />
<strong>Avant Eastpak [voir encadré], vous avez travaillé avec Toyota à Van Cleef &amp; Arpels, Jaguar, Monoprix&#8230; Qu&#8217;est-ce qui vous fait dire oui ?</strong><br />
On reçoit tout le monde, super ouverts. C&#8217;est le temps, les rencontres et l&#8217;énergie qui nous font décider. Je dis oui quand je visualise quelque chose. Et puis il y a des propositions financières qu&#8217;il serait bêtes de refuser, des challenges aussi. On a dit non à Mickey pour l&#8217;expo à Disneyland Paris par exemple.<br />
<strong>Avec qui aimeriez-vous collaborer ?</strong><br />
Des marques de luxe qui ont des collections de chaussures que je trouve fades. En tant qu’indépendants, on a je pense la maturité, l&#8217;intelligence et l&#8217;expérience. On est en état de crise depuis le début en 1998, donc les difficultés des grosses structures n&#8217;ont rien changé pour nous.<br />
<strong>Qu&#8217;est-ce que le « Buffalo » qui a inspiré votre ligne pour Eastpak ?</strong><br />
Un courant instigué par Ray Petri un styliste anglais génial, soutenu par le magazine <em>The Face</em>, fin des années 80, début 90. Assimilé au <em>smiley</em>, aux associations de textiles, le platine, le cuir et à une bijouterie assez lourde, le mouvement glamourisait les objets du quotidien et les codes de la rue. Dans cette démarche, j&#8217;ai pris Eastpak comme une marque de la rue à faire entrer dans notre univers sophistiqué.<br />
<strong>Que reste-t-il de ce mouvement ?</strong><br />
Les éléments militaires, les Dr Martens&#8230; C&#8217;est toute l&#8217;époque de Jean-Baptiste Mondino, du métissage. Le Buffalo, c&#8217;était aussi très <em>clubbing</em>, ça, on ne l&#8217;a pas perdu. Avec le R&#8217;n'B, l&#8217;homme s&#8217;est autant féminisé que pendant le disco. Dans le RER, je vois des gens géniaux, tout existe. Et<strong> </strong><strong><span style="color: #ff0000;">YouTube, c&#8217;est la rue d&#8217;hier<span style="font-weight: normal;"><span style="color: #000000;">.</span></span> </span></strong>Ce qui est intéressant en ce moment, et qu&#8217;on reprend également des années 80, c&#8217;est cet échange entre le <em>mainstream</em> et l&#8217;<em>underground</em>. Et même si c&#8217;est le propre de l&#8217;<em>underground</em> de devenir l&#8217;<em>establishment</em>, les frontières sont parfois floues, c&#8217;est agréable.<br />
<strong>Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il faut mixer aujourd&#8217;hui ?</strong><br />
Moi j&#8217;alimente un flash d&#8217;enfance avec des éléments actuels. Ou télescope les oppositions en moi comme comédies musicales (à 5 ans je savais qui était Louise Brooks) et la Shoah ; ou mes origines : je suis né à Paris mais mes parents sont Argentins et Yurkievich est le nom d&#8217;un passeport russe que mon grand-père a acheté pour survivre parce qu&#8217;il s&#8217;appelait Yudkovski, « fils de juif » en polonais. Ça ne l&#8217;a pas sauvé, sa famille a été exterminée et il a fui en Argentine. Tout ça crée une singularité que j&#8217;ai transformée en énergie.<br />
<strong>Comment voyez-vous évoluer la mode ?</strong><br />
Développer la vision presque palpable des vêtements en 3D va être fascinant [en février, le show Burberry fut visionné en trois dimensions, et simultanément à New York, Dubaï, Tokyo et Los Angeles]. Pour les défilés, l&#8217;évolution est déjà énorme. Ou oublie que les présentations Saint Laurent, c&#8217;était une séance de travail d&#8217;une après-midi entière : « <em>Rapprochez-vous, l&#8217;ourlet fait comme ça&#8230;</em> ». Et que les premiers défilés [au début des années 60] duraient quatre heures, en silence. Il y a dix ans, ça durait vingt minutes, maintenant si on dépasse dix on ne pardonne pas.<br />
<strong>Et les vôtres ?</strong><br />
Je fais des <em>lives </em>depuis 2004, collabore avec des artistes [Edouard Levé], scénographes [le Crazy Horse], architectes [Didier Faustino] et musiciens [Dani Siciliano]. C&#8217;est du <em>teasing</em>, une manière d&#8217;amener émotionnellement les gens à mon histoire, leur donner une clé pour comprendre la collection parce que le show est court et la <em>fashion week</em> femme, c&#8217;est deux cent défilés en dix jours !<br />
<strong>La personne la mieux habillée ?</strong><br />
Coco Rosie, les filles les plus libres et bohémiennes que je connaisse. Et Michael Jackson qui était génial tout le temps avec des éléments vers lesquels on n’irait pas, mais les associations et cette façon de les porter !<br />
<strong>Ce que vous regrettez de voir se démoder ?</strong><br />
Les stylos. On peut avoir un sac super style, le téléphone truc, on l’oublie toujours. C’est vrai qu’on fait presque plus de chèques mais bon !</p>
<p>Par Magali Aubert, photo Yannick Labrousse <span style="color: #888888;">– Standard n° 27 – juillet 2010</span></p>
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		<title>Jean-Paul Lespagnard : « la mode n’est pas le bon goût »</title>
		<link>https://standardmagazine.com/interview-jean-paul-lespagnard/</link>
		<comments>https://standardmagazine.com/interview-jean-paul-lespagnard/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 10 Jul 2009 17:09:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Magali Aubert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Mode]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Paul Lespagnard]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Paul Lespagnard interview]]></category>

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		<description><![CDATA[Comme le vent du Nord, le dernier phénomène de mode vient de Belgique, et Jean-Paul Lespagnard est frais. L’année de ses 30 ans, le styliste liégeois prépare son premier défilé à Paris. Il soufflera sur la fashion week d’octobre de la couleur et de la drôlerie ajustées à des formes strictes. Café liégeois et tarte à ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Comme le vent du Nord, le dernier phénomène de mode vient de Belgique, et <a href="http://www.jeanpaullespagnard.com">Jean-Paul Lespagnard</a> est frais. L’année de ses 30 ans, le styliste liégeois prépare son premier défilé à Paris. Il soufflera sur la</strong><strong> </strong><em><strong>fashion week</strong></em><strong> d’octobre de la couleur et de la drôlerie ajustées à des formes strictes.</strong></p>
<div id="attachment_1793" class="wp-caption alignnone" style="width: 577px"><img class="size-full wp-image-1793" title="jean_paul_lespagnard" src="/wp-content/uploads/2011/04/jean_paul_lespagnard.jpg" alt="Jean-Paul Lespagnard photo Antoine Asseraf" width="567" height="847" /><p class="wp-caption-text">Jean-Paul Lespagnard © Antoine Asseraf</p></div>
<p>Café liégeois et tarte à la crème<br />
Vendredi 29 mai<br />
Le Zimmer, Paris 1er</p>
<p><strong>Vous souvenez-vous du jour où vous vous êtes dit que vous étiez fait pour ce métier ?</strong><br />
<strong>Jean-Paul Lespagnard : </strong>J’étais avec mon père, camionneur, dans son garage et je coupais des chambres à air pour faire des corsets à mes sœurs. Je faisais des dentelles à la perforatrice mais c’était importable. A à 6 ans, je n’avais pas la notion des poches poitrine.<br />
<strong>Il a fallu apprendre…</strong><br />
Oui, j’ai d’abord fait des Sciences Economiques et Sociales et les Arts Plastiques avant de me lancer dans la mode. Pendant ma formation, je travaillais au Virgin Mégastore et me suis improvisé danseur en discothèque. J’ai aussi fait du styling clientèle chez un tatoueur : des nanas venaient se faire faire un Titi et je leur disais « <em>tu vas le regretter</em> ».<br />
<strong>C’est quoi les vôtres ? </strong><br />
Le sacré cœur de Marie ; un 5, mon chiffre fétiche ; une abeille qui joue au foot, en souvenir de ma collection <em>La Vierge Marie joueuse de foot </em>en 2001, qui comparaît le fanatisme religieux et le hooliganisme – ; une panthère qui se recoud elle-même et un homard dans un cornet de frites, souvenir de ma dernière collection.<br />
<strong>Les frites, facile pour un Belge !</strong><br />
C’est un tissu qui ressemblait à un cornet tâché de maillonnaise qui m’a inspiré. Comme toujours, j’ai sauté la tête baissée, je n’y avais même pas pensé !<br />
<strong>Envisagez-vous une silhouette sans humour ?</strong><br />
Pas pour ma marque, j’adore l’humour tarte à la crème, ça apporte de l’accessiblité. Mais je me définis comme un humoristique minimaliste. Et par minimaliste, j’entends l’essence de l’être humain, que j’essaie de garder dans mes pièces.<br />
<strong>Quelque chose que vous regrettez ?</strong><br />
Rien dans mes créations, mais pour ma formation, oui. Jeune et con, je pensais être engagé en poussant la porte d’un créateur et en fait, c’est un milieu difficile à intégrer. Jusqu’au festival de Hyères [Prix du public et Prix 1.2.3 en 2008], j’ai regretté de ne pas avoir fait La Cambre à Bruxelles ou L’Académie royale d’Anvers. Mais maintenant que ça commence à marcher, c’est une fierté de réussir sans ce bagage.<br />
<strong>Qu’est-ce qui vous a aidé ?</strong><br />
J’ai envoyé mon CV aux créateurs belge Dries Van Noten, Annemie Verbeke et Walter Van Beirendonck. Très différents les un des l’autres, chacun me correspond. Annemie a répondu positivement, elle sait ce que c’est que de se construire seul.<br />
<strong>Vous avez encore une machine à coudre ?</strong><br />
Oui. Je l’utilise mais ne couds pas mes pièces complètement, j’ai à mes côtés une patronneuse, un graphiste, des ateliers de broderie&#8230; Je croque mes idées grossièrement et mets dans un coin ce qui n’est pas bien au cas où ça servirait plus tard.<br />
<strong>Qu’est ce que vous préférer faire ?</strong><br />
Cette seconde peau académique qui moule le corps qu’est le bodysuit. Sauf que moi, j’y ajoute une marmotte avec des gants de boxe parce que c’est drôle.<br />
<strong>Quelle pièce vous a le plus marqué ?</strong><br />
La collection que Galliano a fait sur Freud [en 2000], j’ai trouvé ça incroyable !<br />
<strong>Que portez-vous ?</strong><br />
Un t-shirt des <em>press day</em> Nike ; un shirt à grandes poches rapporté de New York ; une paire d’Adidas blanche que j’avais en rouge de 17 à 28 ans ; un foulard en tissu africain acheté aujourd’hui au musée du quai Branly où je suis allé voir l’expo sur le jazz, et mon éternel sac à dos où je stock mon PC, des vêtements et des gadgets en quantité.<br />
<strong>Comment serez-vous habillé dans un an ?</strong><br />
Peut-être encore tout ça. Il y a des pièces comme  les Adilettes, les modèles flip-flop de piscine d’Adidas, que je garde des années.  En ce sens, je ne suis pas une <em>fashion victim</em>. Je garde mon style, constitué de vêtements rapportés de voyages. Etre à la mode en ce moment est une question de personnalité.<br />
<strong>Qui rêvez-vous d&#8217;habiller ?</strong><br />
Jenny McCarthy. C’est la blonde péroxydée hystérique fabuleuse qui présentait <em>Single House</em> sur MTV dans les 90’s. Elle sautait dans tous les sens sans être vulgaire. Aujourd’hui, elle est mariée à Jim Carrey, a un enfant autiste et parle de cette maladie dans des émissions, tout en continuant de jouer de sa personne. C’est une femme complète.<br />
<strong>Qui a le meilleur look ?</strong><br />
Le bon goût est un goût personnel affirmé, donc je pourrais dire qu’Amy Winehouse est super bien habillée parce qu’elle ne fait pas de concessions. J’adore Cindy Lauper aussi, dans sa période <em>Girl Just &#8216;W&#8217;  Have Fun</em>.<br />
<strong>Qu&#8217;est-ce que vous aimeriez voir se démoder ?</strong><br />
Le slim. OK quand ça moule sur la cuisse, mais pas sur le mollet. Il y a des modes qui ne vont pas à tout le monde et le pantalon droit, c’est moins risqué pour les pas minces.<br />
<strong>Et regrettez voir se démoder ?</strong><br />
La casquette. Je m’en fous je continue de porter la mienne. En ce moment, j’en ai une en paille achetée à Los Angeles.<br />
<strong>C&#8217;est quoi la prochaine tendance ?</strong><br />
Je n’ai jamais réussi à comprendre d’où naît ce phénomène. Nous, créateurs, on est aiguillés par les tendances des tissus des salons, eux-mêmes aiguillés par les tendances des fils. Et les bureaux de styles se basent sur nous ! On s’informe de ce qui se passe dans le monde, en art, en musique, dans la rue… Et on passe pour des voyants.<br />
<strong>Alors grand mage ?</strong><br />
On va retomber sur les matériaux brut, résistants. Effet de la crise : en déco, la couverture revient à la mode parce que ça protège le canapé et on créé des modèles avec des manches, comme des aubes. La crise pourrait aussi faire revenir les chaussures compensées – la semelle s’use moins vite –, ou les jupes courtes – pour économiser du tissu.<br />
<strong>Pas trop de problèmes de budget ?</strong><br />
Je me dis que c’est aussi une bonne période pour commencer. Quand ça reprendra, on en profitera. J’ai toujours été optimiste.<br />
<strong>C’est un handicap de porter un prénom d’une autre génération ?</strong><br />
Je n’y prête pas attention. C’était ça ou Bernard, qui ne m’aurait pas déplu non plus. On m’aurait comparé à Wilhelm plutôt qu’à Gaultier.</p>
<p>Entretien Magali Aubert<span style="color: #888888;"> – Standard n° 24 – juillet 2009</span></p>
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